L’urgence choléra peut être évitée

Actualités / 22 mars 2023

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À l’occasion de la Journée mondiale de l’eau, le Groupe de travail mondial de lutte contre le choléra expose la voie à suivre

Le monde est confronté à une recrudescence du choléra, même dans des pays qui n’ont pas connu cette maladie depuis des décennies. Des années de progrès contre cette maladie ancestrale ont été réduites à néant. Bien que la situation soit sans précédent, la leçon à tirer n’est pas nouvelle : l’eau potable, l’assainissement et l’hygiène sont les seules solutions durables et à long terme pour mettre fin à cette situation d’urgence et prévenir de nouvelles épidémies de choléra.

La situation mondiale en matière de choléra est préoccupante, mais alors que nous célébrons aujourd’hui la Journée mondiale de l’eau et que la Conférence historique des Nations unies sur l’eau s’ouvre à New York, le Groupe de travail mondial de lutte contre le choléra (GTFCC) appelle les pays et la communauté internationale à traduire cette préoccupation en actions concrètes.

Premièrement, pour prévenir de futures épidémies, les pays ont besoin de systèmes de surveillance de la santé publique solides afin d’identifier et de confirmer rapidement les cas de choléra, permettant d’engager une action immédiate. Les pays touchés par des épidémies généralisées ont besoin d’une aide immédiate pour suivre la crise actuelle et y faire face. Nous ne pouvons pas résoudre un problème que nous ne voyons pas.

Deuxièmement, il faut mettre fin au cycle qui nous conduit d’une situation d’urgence à une autre, en investissant dans l’eau, l’assainissement et l’hygiène (WASH). Lorsqu’une épidémie de choléra se déclare, les intervenants se précipitent pour fournir du savon et des pastilles de chlore, acheminer de l’eau potable par camions et construire des latrines temporaires afin d’empêcher la propagation de l’épidémie. Si ces actions permettent incontestablement de sauver des vies, des investissements à plus long terme dans les infrastructures WASH pourraient prévenir l’apparition de nouvelles épidémies. Partout où le choléra a été éliminé dans le monde, cela s’est fait grâce à l’amélioration des structures liées à l’eau, l’assainissement et l’hygiène, dont l’accès est un droit internationalement reconnu.

Il est plus efficace de passer d’une intervention d’urgence à des améliorations à long terme, car bien que le choléra soit avant tout un problème de santé, il s’agit avant tout d’un problème de développement.

Troisièmement, il faut concentrer les efforts sur les zones à risque du choléra. La lutte contre le choléra nécessite une approche ciblée, axée sur les zones à risque où se concentrent les cas de choléra. En visant les zones à risque du choléra, on double largement le retour sur investissement dans l’eau potable, l’assainissement et l’hygiène : de 4,30 dollars US à 10 dollars US pour chaque dollar US investi.

Quatrièmement, soutenir l’élaboration et la mise en œuvre de plans nationaux de lutte contre le choléra, y compris le budget alloué à l’eau, l’assainissement et l’hygiène. Ces plans nationaux définissent les actions multisectorielles nécessaires pour une prévention et une maîtrise durables du choléra, dont l’utilisation de vaccins oraux contre le choléra, en plaçant les communautés au cœur du processus.

La pauvreté, les conflits et les catastrophes continuent d’alimenter le choléra, désormais exacerbé par le changement climatique. L’avenir présente de multiples défis, mais, pour le choléra au moins, nous avons la réponse : l’accès à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène dans les zones à risque du choléra. Des investissements urgents et ciblés nous permettront d’y parvenir.

Note à la rédaction

Au cours des derniers mois, le monde a connu une résurgence du choléra. L’année dernière, pas moins de 30 pays ont connu des épidémies, et nous continuons d’observer une propagation géographique inquiétante pour 2023. Des pays comme le Liban, l’Afrique du Sud et la Syrie connaissent leurs premières épidémies depuis des décennies. Ce n’est pas seulement le nombre et l’étendue des foyers qui sont préoccupants, mais aussi leur gravité. Le taux moyen de létalité des foyers actuels est deux fois plus élevé que le seuil cible de moins de 1 %.

Nombre de ces épidémies sont clairement liées à des événements climatiques extrêmes, qui apportent tantôt trop d’eau, tantôt trop peu, deux facteurs qui favorisent le choléra, car l’accès à l’eau est perturbé et les populations peuvent être contraintes de quitter leur domicile pour des installations temporaires, parfois surpeuplées. À l’avenir, nous pouvons nous attendre à une augmentation de la fréquence des inondations, des sécheresses, des tempêtes et des déplacements de population. Outre le changement climatique, les modèles montrent que la croissance démographique et l’urbanisation pourraient à elles seules entraîner un doublement des cas de choléra au cours des 20 prochaines années si nous n’agissons pas dès maintenant.

Pour plus d’informations sur l’approche multisectorielle complète de la lutte contre le choléra et de son élimination, veuillez consulter la Déclaration du comité directeur du GTFCC sur la situation actuelle du choléra.

Signée par le comité directeur du Groupe de travail mondial de lutte contre le choléra (GTFCC)

  • Son Excellence M. Hakainde Hichilema, président de la République de Zambie et champion de la lutte contre le choléra
  • Dr Frew Benson, président du comité directeur du GTFCC
  • Dr Christopher J. Elias, président, Développement mondial, Fondation Bill & Melinda Gates
  • Dr Howard Zucker, directeur adjoint pour la santé mondiale, CDC (États-Unis)
  • Dr Seth Berkley, directeur général de Gavi, l’Alliance du vaccin
  • Dr Tahmeed Ahmed, directeur général de l’icddr,b
  • Jagan Chapagain, secrétaire général de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR)
  • Dr Christos Christou, président international, Médecins Sans Frontières
  • Catherine Russell, directrice générale de l’UNICEF
  • Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé